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Entretien avec Gisèle Combremont

Dans le cadre de son nouveau thriller, j'ai rencontré et interviewé Gisèle Combremont. Questions- réponses juste ici

1. Sur le contraste des univers

« Entre votre métier d'enseignante et l'écriture de thrillers sombres, le grand écart est radical. Est-ce que les salles de classe ou les cours de récréation vous inspirent parfois des dynamiques de perversité ou de manipulation que vous transposez dans vos livres ? »

 

Les élèves avec lesquels je travaille sont très jeunes et, pour la plupart, encore innocents. Ce n’est donc pas auprès d’eux que je puise mes idées sombres.

En revanche, le grand écart en question est une motivation pour écrire. Lorsque j’entre dans mon rôle d’enseignante pour la journée, je laisse de côté toute négativité pour n’être que sourire et bienveillance. Cela demande une certaine énergie d’accompagner des enfants avec optimisme, quand on connaît soi-même la complexité du monde qui nous entoure. 

Imaginer des histoires dans lesquelles mes personnages sont confrontés à des situations difficiles me permet de sortir de cet optimisme forcé et de laisser s’exprimer mes questionnements sur la vie. C’est aussi une manière d’évacuer ma frustration face à certains comportements humains et aux injustices de manière plus générale. Une frustration que je ne peux pas exposer à l’école.

 

2. Sur la manipulation du lecteur

« Quand on écrit un thriller psychologique, on joue un vrai jeu de chat et de souris avec le lecteur. À quel moment précis de l'écriture décidez-vous de lâcher la vraie information ou, au contraire, d'embrouiller les pistes ? »

 

Comme j’ai écrit Tu ne croiras point à la première personne, du point de vue unique de Solène, la tension s’est installée assez naturellement, sans préméditation de ma part.

C’est plus compliqué avec un narrateur omniscient, qui peut avoir accès aux pensées de plusieurs personnages et à des événements qui se déroulent en dehors du champ de vision du personnage principal. Il est alors plus difficile de dévoiler l’information au bon moment, puisque le narrateur pourrait en révéler trop ou trop peu au lecteur.

En écrivant à travers Solène, j’étais limitée à ce qu’elle voyait, entendait, comprenait ou soupçonnait. Si elle ne sait pas quelque chose, le lecteur ne le sait pas non plus. Tous deux avancent donc dans l’intrigue au même rythme.

 

 

 

3. Sur la violence des personnages

« Vos personnages traversent des zones grises très intenses et font face à des choix moraux redoutables. Est-ce qu'il vous arrive d'avoir de l'empathie pour vos "méchants", ou est-ce qu'on prend un certain plaisir pervers à les torturer mentalement ? »

 

Il peut m’arriver d’avoir de l’empathie pour un antagoniste. Parfois, un personnage qui agit mal a des circonstances atténuantes, selon mon point de vue. C’est le cas de Benjamin qui, dans ce roman, prend de mauvaises décisions sans que cela fasse de lui un méchant. En revanche, et sans en révéler plus que nécessaire, certains personnages que Solène rencontre au fil de l’histoire sont impardonnables et n’ont droit qu’à mon mépris. 

 

4. Sur le "après" l'écriture

« Vivre avec des intrigues criminelles et des secrets de famille dans la tête pendant des mois, ça doit laisser des traces. Comment fait-on pour redescendre sur terre et passer une journée tout à fait normale après avoir passé des heures dans une ambiance aussi lourde ? »

 

Ma vie est assez bien remplie pour ne pas me laisser le loisir de rester bloquée dans mon intrigue. La plupart du temps, lorsqu’une session d’écriture se termine, c’est soit que je suis épuisée et que la journée est terminée, soit que je suis attendue dans la vraie vie. Il faut donc assez vite passer à autre chose : les enfants, les devoirs, le quotidien… Je n’ai pas d’autre choix que de redescendre sur terre.

Je pense aussi que le fait d’être habituée à adapter mon comportement aux personnes que j’ai en face de moi, je parlais notamment de mon rôle d’enseignante, me permet de basculer assez facilement d’un état d’esprit à un autre. Je suis un peu caméléon. 

 

 

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