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Entretien avec Maurice Gouiran et son nouveau thriller

1. Sur le point de départ de l'intrigue

« Maurice Gouiran, votre nouveau roman s'ouvre sur une mise en scène macabre: des victimes marquées par des étiquettes numérotées ("1/4", "2/4"...). D'où vous est venue l'idée de ce compte à rebours sanglant ? Est-ce une manière d'imposer un rythme mathématique à votre récit ? »

Sans doute. Dès le début, on peut s’attendre à 4 victimes. C’est un élément dynamique. La question que peut alors se poser le lecteur est de savoir au bout de combien de pages on découvrira la prochaine d’entre elles!

2. Sur le décor : L'Estaque

« L'action se situe à l'Estaque, un quartier emblématique de Marseille. Pour vous, est-ce encore le dernier bastion d'une Provence authentique et populaire, ou utilisez-vous ce décor pour montrer une identité qui s'efface ? »

Non, l’Estaque n’est pas un bastion provençal, mais marseillais. C’est un quartier populaire qui évolue en perdant ce qui faisait sa spécificité. Il n’y a plus qu’un seul pêcheur sur le quai et les bistrots de quartier se transforment en brasseries ouvertes seulement à midi pour accueillir les employés des sociétés installées dans la zone franche. C’est un peu cette mutation des quartiers populaires qu’on retrouve, comme un leitmotiv, dans tous mes polars (essentiellement les quartiers nord en ce qui me concerne).

3. Sur le titre et les "Chapacans"

« Le sous-titre est Le dernier des chapacans. En provençal, ce terme désigne un "attrape-chien" ou, par extension, un vaurien ou un travailleur brouillon. Qui est ce "dernier des chapacans" dans votre histoire, et que représente-t-il pour vous? »

Votre connaissance du terme « chapacan » est parfaite ! En fait, dans ce polar, c’est le nom d’une bande d’amis qui est défini dans l’extrait suivant :

« La bande de ton père, on les appelait ici les chapacans.

— Les chapacans ?

— Ouais, je sais, c’est un terme plein de sous-entendus. Un chapacan c’est un gars sans scrupule qui tuerait père et mère pour quatre sous. Mais dans le cas de la bande de ton père, c’était plutôt gentil. Ça voulait dire qu’ils se démerdaient un peu en marge de la loi et qu’ils étaient parfois bordéliques. Rien de méchant, tu vois. »

4. Sur l'inspecteur Matherin

« On suit l'inspecteur Matherin dans cette enquête. Comment ce personnage se distingue-t-il de vos héros habituels (comme Clovis Narigou) ? Est-il le reflet d'une police confrontée à une violence qu'elle ne comprend plus ? »

Matherin est, contrairement à Narigou dans les romans suivants, un personnage secondaire, presque une caricature. En fait, son problème est moins d’être confronté à une violence qu’il ne comprend pas que d’être nommé en poste à Marseille, une ville qu’il comprend encore moins et dans laquelle il se sent très mal à l’aise.

5. Sur la dimension sociale

« Comme dans tous vos polars, l'enquête semble être un prétexte pour gratter le vernis de la société. Quel est le "mal" ou le secret social que vous avez voulu mettre en lumière dans ce texte précisément ? »

Contrairement à d’autres romans (Putains de pauvres, Franco est mort jeudi, l’Arménienne aux yeux d’or…), il n’y a pas une thématique sociale ou historique forte. Ce polar décrit l’évolution et la perte d’identité d’un quartier populaire (voir question 2 ci-dessus), mais, surtout, l’éternel dilemme qu’on retrouve souvent sur les bords de la Méditerranée : « vaut-il mieux assouvir son amour que de satisfaire sa vengeance ? » On y croise également des thématiques sudistes : la volonté de s'enraciner sur une terre d’accueil, la recherche de paternité, le besoin de croiser un guide affectif…

 

 

 

 

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