La jeunesse littéraire avec Julia Kerninon
Bonjour Julia comment allez-vous ?
Bien.
Qui est Julia Kerninon ?
Je suis née à Nantes en 1987, j’étudie la littérature depuis une dizaine d’années et je finis d’écrire une thèse sur les interviews de romanciers américains. Mon premier roman, Buvard, a été publié aux éditions du Rouergue en 2014. Le deuxième, Le Dernier Amour d’Attila Kiss, est sorti en janvier 2016 chez le même éditeur.
Félicitations pour l’obtention du Prix de La Closerie des Lilas 2016 ! Alors heureuse ?
Très.
Ecrire est un besoin vital, une envie soudaine ou une passion féroce ?
Ecrire est mon activité préférée après la lecture.
Le livre qui vous a le plus marqué dans votre enfance …
C’est difficile d’en citer seulement un. Vie et mort d’un cochon, de Robert Newton Peck, que j’ai relu l’autre jour – et je me suis rendue compte que j’en connaissais des passages par cœur.
L’élément déclencheur qui vous a donné envie d’écrire …
Je ne sais pas s’il y a eu un élément déclencheur. J’ai grandi au milieu des livres, ma mère m’a prêté sa machine à écrire quand je suis entrée à l’école primaire, et j’aimais le fait d’être occupée et toute seule, j’aimais le papier, les recharges d’encre, le bruit, et, bien sûr, j’aimais et j’aime toujours beaucoup les mots, la grammaire, la langue. J’écris parce que je suis née à un endroit du monde où c’était possible, et parce que c’était, apparemment, adapté à mon tempérament.
L’écrivain qui vous inspire pour écrire des livres
Toujours plusieurs à la fois, comme si dans mes livres je faisais des collages, des compositions. Jim Harrison, Ernest Hemingway, Philip Roth, Thomas Bernhard, John Steinbeck, Raymond Carver, Ted Hughes, Rainer Maria Rilke, Richard Ford.
La valeur sûre au niveau littéraire actuellement
Emmanuelle Richard.
Comment on fait avec tous ces auteurs français, pour trouver sa place et surtout se démarquer ?
Je crois qu’on peut soit se poser cette question, soit écrire des livres.
Le livre qui vous a émue, vous a mis une claque
Il faut qu’on parle de Kevin, de Lionel Shriver – pas pour la tuerie, mais pour le portrait de la mère de Kevin, ambitieuse, faillible, parfaite.
A votre avis qui réussit le mieux une carrière littéraire : l’homme ou la femme ?
Je n’ai pas d’avis sur cette question, j’ai des données : en littérature comme ailleurs, plus on monte vers les hautes sphères du pouvoir, plus les femmes se raréfient.
L’écrivain que vous rêvez de rencontrer
Personne, je crois. Je serai trop embarrassée.
Frank Thilliez, Guillaume Musso ou Marc Lévy ?
Aucun. Je n’ai jamais lu ni Thilliez ni Musso. J’ai lu un seul livre de Marc Lévy, il y a quinze ans, j’ai trouvé ça pas mal, mais enfin la vie est courte et il y a beaucoup d’autres livres à lire. Et puis je lis surtout des Américains.
Votre recette du bonheur…
Ecrire une ou plusieurs bonnes pages.
Le meilleur endroit pour trouver l’inspiration …
J’ai du mal à penser dans ces termes. Ma technique ce serait plutôt : je traverse des journées, je travaille, je lis, je fais toutes sortes de choses, et puis de temps en temps je m’asseois et j’écris.
Si vous n’étiez pas écrivain vous seriez ?
N’importe quoi qui permette la même intensité quotidienne.
La clé du succès chez un auteur elle se trouve où ?
Je ne peux évidemment pas me prononcer.
Si je vous dit : l’écriture est le seul véritable espace de liberté, vous me dites ?
Il est possible d’exercer une grande liberté dans l’écriture, effectivement, mais le fait de pouvoir le faire dépend directement du contexte social et politique dans lequel on se trouve, non ? C’est très bien de pouvoir inventer des mondes sur le papier, mais s’il est vraiment question de liberté, le droit à l’avortement me paraît violemment plus crucial.
3 voeux à réaliser :
Aller sur l’île de Sitka en Alaska, parler correctement italien et allemand, écrire des livres.
Si prochain livre il y a, il parlera de quoi ?
J’ai plusieurs textes en cours, dont un gros roman qui parle de bois, de mer, d’amour, de famille, de langues étrangères, d’orpailleurs et de la Norvège.
Julia je vous remercie beaucoup pour cette interview et je vous souhaite une belle continuation littéraire.
Crédit photo : Julien Alcacer