Image d'entête de l'article

Prise pour cible de Patricia Gibney

Un roman qu'on ne lâche pas, même si on aimerait parfois souffler un peu. C'est exactement l'effet que procure ce quatrième volet des enquêtes de Lottie Parker. Patricia Gibney délaisse les décors de carte postale pour nous replonger dans cette Irlande provinciale et poisseuse où la pluie semble laver les fautes sans jamais effacer les souvenirs.

Dès les premières lignes, le ton est donné avec une scène de cimetière macabre et glaçante. Mais ce qui fait le sel de ce volume, c'est que le piège se referme cette fois sur l'enquêtrice elle-même. Le danger n'est plus abstrait ; il s'invite dans son intimité et la pousse dans ses derniers retranchements.

Lottie Parker reste le grand point fort de ce livre. Loin des super-héroïnes de polars aseptisés, elle cumule les fêlures : mère de famille débordée, veuve en deuil, constamment au bord de l'épuisement et prisonnière de ses propres angoisses. C'est cette fragilité viscérale qui la rend si vivante. On a envie de la secouer autant que de la prendre dans les bras, et c'est précisément ce qui rend sa traque aussi addictive.

Le récit ne ménage pas son lecteur. L'autrice brasse des thématiques lourdes — secrets de famille étouffés, violences, failles institutionnelles — en maintenant un rythme soutenu. Certes, l'accumulation des drames personnels de l'héroïne frôle parfois le tournis, et l'intrigue demande de s'accrocher face à la multitude de pistes lancées.

Au final, on referme l'ouvrage avec un sentiment d'urgence et un petit goût de cendres. Un polar noir, sans fioritures, taillé sur mesure pour ceux qui aiment quand les enquêtes ont de l'épaisseur et quand les enquêteurs ont de vraies cicatrices.

Partager: