Rencontre avec Christian Dick et son livre "D' un océan à l' autre par la 66
Aujourd'hui je pars à la rencontre de Christian Dick et de son livre passionnant. Il s'est prêté au jeu des questions réponses.
1. La quête de l'authenticité
« Entre le mythe cinématographique de la "Main Street of America" et la réalité géographique actuelle, quel a été le décalage le plus frappant lors de votre périple ? »
- Je ne sais pas si on peut parler de décalage. Dans certains Etats, tout est fait pour entretenir le mythe, dans d’autres celui-ci est moins vivant.
Ce n’est pas le mythe des années vingt qu’on observe le plus, encore que beaucoup d’édifices soient de style Art Deco. C’est plutôt les années soixante avec les carrosseries flamboyantes des automobiles de cette époque, les Diners avec sièges en skaï et tubes néon, et la musique de ces années qui entretiennent la légende de la Route avec, évidemment, ces cortèges de Harley.
2. Le facteur humain
« La Route 66 est parsemée de "personnages" qui maintiennent la légende en vie. Quelle rencontre fortuite a le plus influencé votre perception de l'Amérique profonde ? »
J’ai rencontré des personnages authentiques, ainsi cet homme divorcé dans l’Arizona qui montait à Las Vegas pour ses besoins, ce garagiste au bord de la route retapant ses oldies ou ce jeune homme dont les aïeux venant de Pologne ont tous pioché pour la construction des Territoires puis des Etats.
Tous possédaient, peut-être inconsciemment, cette vision des horizons larges, mais aussi celle de la disparition progressive d’une vie sur mesure.
3. L'évolution du voyageur
« On dit souvent qu’un tel voyage transforme celui qui l’entreprend. Qu’est-ce que Christian Dick a laissé derrière lui sur le bord de la route, et qu’a-t-il ramené dans ses bagages qu’il n'avait pas prévu ? »
- Je ne sais pas ce que j’ai laissé, peut-être quelques traces d’un vieux rêve. Mais j’en ai ramené des souvenirs, l’envie d’en donner et le sentiment d’avoir fait ce que j’avais voulu et de l’avoir fait seul. Il y a des moments dans la vie où certaines choses doivent être accomplies sans aide extérieure. Se retrouver parfois isolé au milieu de nulle part procure un sentiment de liberté.Ce sentiment ne m’a malheureusement pas habité longtemps. J’aurai dû, à certains moments, m’imprégner davantage de ce voyage.
4. Le choix du récit
« Pourquoi avoir choisi le format du livre plutôt qu'un simple carnet de bord ou un reportage photographique ? Qu'est-ce que l'écriture permet d'exprimer que l'image ne peut pas saisir sur cette route ? »
Dans le cas de ce livre, je trouve que la photographie et les textes sont deux formes d’expression parfaitement complémentaires. La photo peut retenir l’attention du lecteur ou le replonger dans ses souvenirs, et la légende le faire rêver ou lui donner l’envie de réaliser à son tour ses envies. J’ai trouvé l’emblème de l’Arizona intéressant, à savoir une maison en adobe, un cactus et des montagnes. De même son symbole AZ, l’alpha et l’Omega. Aussi en ai-je vissé une plaque à l’arrière de la moto, sans réaliser que dans le Vermont, par exemple, ses habitants méprisent royalement des « red necks » ou cul-terreux du Sud, ce qui m’a valu d’en rire intérieurement. Cette anecdote ne peut pas être restituée dans un ouvrage qui n’est fait que d’images.
5. L'héritage et l’avenir
« Aujourd'hui, alors que de nombreux tronçons sont déclassés ou remplacés par des autoroutes, quel message souhaitez-vous transmettre aux générations futures à travers ce témoignage ? »Que tout change, et même plutôt vite, dans tous les domaines. S’il vient au lecteur l’envie par les tripes de réaliser un projet, qu’il le fasse sans attendre.